26 avril 2006

Le gouvernement analyse l'efficacité de ses mesures

Lors de la révolte des banlieues et au début du CPE, j'ai entendu deux fois Villepin et une fois Sarkozy dire que le gouvernement s'attacherait désormais à auditer régulièrement l'efficacité des mesures engagées.

C'était en particulier une des mesures d'accompagnement du fameux CPE qui ne verra jamais le jour : cette fois-ci c'est promis, l'Etat sacro-saint et tout puissant se remettra lui-même en question pour savoir après coup si la mesure était bonne.

Passons sur le fait qu'à chaque fois que le gouvernement/l'Etat - toutes tendances confondues - promet quelque chose, il s'empresse de faire le contraire. Soit qu'il est frappé d'amnésie chronique, soit que le successeur n'ait pas jugé bon d'honorer les promesses de son prédécesseur (on a déjà assez à faire avec nos propres problèmes sans gérer ceux des autres), passons.


Mais c'est que j'ai bien retourné dix fois le sujet dans ma tête en me disant que j'étais vraiment idiot et que le gouvernement était bien plus intelligent car je n'ai pas trouvé "comment qu'y font ça".

C'est vrai quoi ? Comment il fait le gouvernement pour savoir que le CPE c'est bon, vous y avez pensé ?
Manque de bol, il se trouve que je bosse dans le "décisionnel" où on passe son temps à triturer les données dans tous les sens pour leur faire dire ce qu'elles cachent.

D'abord, des données, il faut en avoir. A moins de considérer qu'il suffit de questionner deux-trois types heureux signataires d'un doublement hypothétique CPE et d'en tirer conclusion pour tous.

A moins alors d'avoir receuilli des données en masse de tous les éventuels signataires de CPE pour savoir s'ils sont satisfaits ...

Ben, répondront-ils ... on sait pas si on est satisfaits puisqu'on sait pas ce qu'on aurait pu signer si on avait pas signé de CPE.
Euh .... Très juste.

Alors il faut demander aux entreprises si elles sont satisfaites ?

Arrêtez tout.

Ne cherchez pas.

Halte.

Admettez-le : vous vous êtes fait berné comme moi. C'est du pipeau, des histoires, du n'importe quoi emballé dans du joli papier doré, de la diarrhée verbale de politicard en un mot
IL N'ONT AUCUN MOYEN DE SAVOIR SI CE GENRE DE MESURE EST SATISFAISANTE OU PAS.

Encore une manipulation sur la prétendue toute-puissante de l'Etat visant à nous maintenir dans un état d'admiration béate autant qu'infondé.

L'Etat ne sait pas, n'est pas capable de se critiquer puisqu'il n'a aucun "retour du marché", puisqu'il impose des solutions figées et ne peut donc pas constater une inflexion progressive de l'offre et la demande sur ses propositions de base. Au pire sera-t-il capable de compter le nombre de contrats signés pour savoir si celà a eu du succès, mais jamais il ne saura si les signataires l'ont fait par contrainte, par choix ou par dépit !

Et jamais il ne saura ce qui se serait passé si la mesure n'avait pas existé, un peu comme Martine Aubry défendant que les 35H avaient créé des emplois, et bidule-truc qui disait qu'au contraire ça en avait supprimé. Bof.

Ca a juste contraint un peu plus les 2 parties signataires à rentrer dans un cadre encore plus figé, point.

Et en matière de société, tout le monde sait que figer le cadre, c'est empêcher l'adaptation, l'évolution. C'est empêcher toute compétitivité.
Non, décidement, l'Etat providence ne sait rien des conséquences de ses actes. Il cherche juste à nous faire croire qu'il maîtrise...

23 décembre 2005

L'inénarrable "Rapport Pebereau"

Aujourd’hui, je me suis plongé dans la lecture du « rapport Pebereau ». (http://www.minefi.gouv.fr/pole_ecofin/finances_Etat/dettes/pebereau.pdf).

Je sais, il y a sans doute des sujets plus passionnants, mais j’ai pensé que la situation financière dans laquelle nous nous trouvons méritait bien quelques attentions.

Ce qui y est dit est proprement incroyable, autant sur la sincérité du constat que sur les conclusions tirées.

Pour la sincérité du constat, on y découvre sans ambages que 1100 milliards d’euros de déficit sont le résultat de « 25 ans de gestion peu rigoureuse », "sans souci d’efficacité" et "qui n’a rien apporté en terme de construction de l’avenir".

Notre argent a donc été dilapidé avec insouciance et indolence, sans réelle justification ni analyse de pertinence, par un appareil administratif « lourd, incohérent et dysfonctionnant ».

Le ton est le même tout au long de ces 136 pages : pas d’action pour l’avenir, pas de préparation pour les défis futurs … tout cela en vain.

Mais qui a donc signé un tel document ? Vous trouverez la liste plus loin, mais en gros, les mêmes que ceux qui ont bénéficié des aides et dépenses de l’état, les mêmes qui ont demandé toujours plus de « justice sociale » et défendu « l’exception française » et autre prétendu « modèle social » qui justifient toutes les aberrations en matière de dépenses publiques.

Il suffit d’en venir aux préconisations mises en avant pour fermer la boucle :

« 1. Revenir à l’équilibre en 5 ans au maximum en stabilisant les dépenses en euros courants
et en modulant l’intensité de l’effort en fonction de la conjoncture »
Phrase qui ne veut rien dire sinon qu’on va faire ce qu’on peut, sinon qu’on se donne 5 ans de plus pour s’apercevoir que c’est tout de suite qu’il aurait fallu faire quelque chose…


« 2. Ne pas diminuer le niveau global des prélèvements obligatoires pendant la phase de
retour à l’équilibre »

Comprendre qu’il faut prélever plus et que la phase de retour à l’équilibre va s’éterniser.

« 3. Affecter intégralement les recettes exceptionnelles au désendettement, sous réserve des
dotations au Fonds de réserve des retraites (FRR) »

Comprendre que les retraites des fonctionnaires vont engloutir les revenus des privatisations.

« 4. Une fois l’équilibre atteint, utiliser les finances publiques pour réguler le cycle
économique »
Ca fait joli, vous ne trouvez pas ?

Il y en a d’autres du même tonneau mais je vous les épargnerais… c’est inutilement affligeant.

Pour ma part, je me permets d’observer les faits suivants :

- la seule solution envisagée consiste à prélever toujours plus (mais cette fois-ci, on va avoir droit à une campagne de pub pour faire passer la mayonnaise, parce que l’addition va être salée)

- une fois l’état déclaré incapable, inconséquent et inapte, par un coup de baguette magique, il va devenir intelligent, optimisé et raisonnable …

- juste après la remise du rapport, on a voté un budget en déficit de 46,5 milliard d’euros (300 milliards de francs, si !).

Ce qui m’afflige, c’est d’imaginer ce qui pourrait se passer dans le privé si une situation comparable devait se produire :

- licenciement immédiat du directeur et des responsables financiers, voire mise en examen…

- réduction immédiate de toutes les dépenses et réduction d’effectif drastique

- vente de tout ce qui peut l’être pour retrouver la crédibilité auprès des banques

L’Etat, lui, bavarde, stigmatise, vitupère, pourfend, communique … mais remet à demain de possibles actions, surtout si elles sont impopulaires, au profit de la sacro-sainte « cohésion sociale ».

J’ai terminé ma lecture et suis allé immédiatement chercher un nouveau travail en Belgique, payé par une société Luxembourgeoise avec 33% de prélèvements fiscaux et sociaux tout compris :

Désolé, le redressement spectaculaire des finances désastreuses de la France se fera sans moi !

Les rédacteurs (il faut le lire pour le croire !) :
Michel Pebereau
, Président de BNP Paribas
Patrick Artus
, Économiste, Directeur de la recherche et des études, CDC IXIS
Christian Blanc
, Député des Yvelines
Michel Camdessus
, Gouverneur honoraire de la Banque de France, Ancien
Directeur général du Fonds monétaire international

Jean-Michel Charpin
, Directeur général de l’INSEE
Jean-Philippe Cotis
, Chef économiste de l’OCDE
Olivier Davanne
, Économiste, Associé DPA Conseil
Pierre-Mathieu Duhamel
, Directeur du Budget
Xavier Fontanet
, Président-directeur général d’Essilor
Philippe Herzog
, Président de Confrontations Europe, Ancien député européen
Jacques Julliard
, Journaliste et historien
Philippe Kourilsky
, Professeur au Collège de France
Françoise Laborde
, Journaliste
Alain Lambert
, Ancien ministre, Sénateur de l’Orne
Pascal Lamy
, Directeur général de l’Organisation mondiale du commerce
Jacques de Larosière
, Gouverneur honoraire de la Banque de France, Ancien
Directeur général du FMI

Edouard Michelin
, Président-directeur général de Michelin
Didier Migaud
, Député de l’Isère, ancien rapporteur général du Budget
Xavier Musca,
Directeur général du Trésor et de la politique économique
Nicole Notat
, Présidente de Vigeo
Maria Nowak
, Présidente de l’Association pour le droit à l’initiative économique

12 décembre 2005

La France est-elle une république bananière ?

Lorsque je vais chez mon banquier demander un prêt, je suis toujours agacé qu’il refuse de me laisser m’endetter à plus de 33% de mes revenus mensuels. C’est la loi, me dit-il. Et si je veux dépasser cette limite, il me faut aller voir un organisme de crédit à taux usuraire.

Le bon Etat providence est là pour me rappeler des règles de bonne gestion, c’est beau et émouvant.

Maintenant, j’apprends que l’endettement cumulé de ce même bon Etat atteint la somme astronomique de 2000 milliards d’euros !

Ca me parait astronomique, mais sans doute un état échappe-t-il à l’arithmétique de monsieur tout le monde. Aussi, je pousse le raisonnement :

Quels sont ses revenus ? 227 milliards d’euros annuel. Bon.

Quelles sont ses dépenses fixes ? 283 milliards d’euros annuel. Donc déficit de 45 milliards par an ces 4 dernières années. Gasp, ça ne va pas dans le bon sens tout ça ?! Gérard Villemin nous a fait un petit topo là-dessus, merci à lui : http://villemin.gerard.free.fr/Economie/Budget02.htm#b0304

A propos de bon sens, 2000 milliards d’endettement pour 227 milliards de revenus, ça fait presque du 1800% d’endettement ???!!!

Mais comment va-t-on rembourser tout ça ?

A raison d'un milliard d'euros de remboursement par an, en excluant les intérêts, il faudrait 2300 ans pour la rembourser. Or l'Etat ne fait pas un
milliard d'excédent par an mais 45 milliards de déficit.

Cependant, si on inclut les intérêts (avec un gentil taux à 2%), même avec un milliard par an d'excédent on creuse encore la dette. Il faudrait rembourser plus de 50 milliards par an pendant plus d'un millénaire !!!

J’apprends maintenant que « Standards and Poor’s » s’apprête à rétrograder la France à la note « AA » au lieu de « AAA » ( http://www.lesechos.fr/info/medias/200066145.pdf ) . Ha ? C’est donc que la logique de monsieur tout le monde ne soit pas si absurde ?

Et quelles seraient les conséquences d’une éventuelle dégradation ? Une augmentation des taux d’intérêts bien sûr ! Augmentant et précipitant les choses.

J’en déduis que notre cher Etat providence qui se mêle de tout sans en avoir les moyens mène une politique qui va droit dans le mur. On peut sans faire preuve d’imagination écrire la suite : les politiques se refusent à agir par électoralisme, l’endettement augmente encore, les taux d’intérêts montent, la France devient insolvable, le FMI intervient, et comme à son habitude, il impose un certain nombre « d’ajustements structurels » pour accepter de voler au secours de la France. Comprendre par là qu’il va imposer de force des réformes aussi impopulaires qu’aveugles pour réduire l’endettement.

C’est en gros ce qui se passe lorsque le FMI vient en aide aux républiques bananières …

Mais en France, on ne croit pas que cela soit possible, on se contente de critiquer le déficit « abyssal » des USA, en bons donneurs de leçons arrogants et prétentieux.
La vérité est tout autre, car la capacité de remboursement des USA rapportée à leur taille ne souffre aucune comparaison avec la nôtre. Le petit schéma qui suit est très révélateur :

Quand à la faillite de la France, ne riez pas, ce n’est pas si impossible et c’est très bien décrit par Les phases de déclin de l’état : http://www.quebecoislibre.org/031220-16.htm

06 décembre 2005

L'Etat providence contre les logiciels libres

Il y a de forte chances pour qu'un projet de loi soit mis au débat en fin d'année pendant que tout le monde sera plus enclin à préparer les fêtes plutôt que de survoler les forums pour dénicher toutes les combines du gouvernement français pour diminuer encore nos libertés...

Le lien ci-dessous vous mènera à un post bien instructif sur le possible projet de loi...

Pourquoi je vous en parle, tout simplement parce que si cette loi est voté, nous ne pourrons plus utiliser les logiciels libres en France, et les développeurs open-source seront des hors-la-loi parce que développant et mettant gratuitement à disposition de la communauté des logiciels et services oeuvrant pour un accès à la culture...

Les logiciels libres qui seront acceptés, seront des logiciels qui intègreront dans leur code source des moyens de traçabilité de l'usage privé...

En gros, seul les logiciels/ordinateurs pouvant montrer à l'état ce que vous faites avec votre ordinateur seront légaux...

En bref, vous ne pourrez plus rien faire de chez vous sans être pisté légalement par l'état et sans le savoir si cette loi est voté...

Juste pour information, la SACEM fait partie d'un groupuscule qui est à l'origine de cette demande de projet de loi !!!

Lien :
http://www.fsffrance.org/news/article2005-11-25.fr.html

Pétition contre cette loi :
http://eucd.info/petitions/index.php?petition=2

Quelle est la justification d'une telle mesure et comment en est-on arrivé là ?
Le 19 novembre 2004, une commission est constituée portant sur la distribution des oeuvres sur internet (http://www.culture.gouv.fr/culture/cspla/oeuvrinternet.htm)

Cette commission étant largement composée d'acteurs de la gestion de droits d'auteurs, de producteurs, de majors (dont Microsoft et Vivendi) et autres professionnels de l'édition musicale (pas d'utilisateurs ni de developpeurs en logiciels libres), ils en sont venus à la conclusion que maîtriser le vecteur de diffusion, c'est maîtriser les droits associés.

Bien vu, mais c'est oublier que maîtriser le vecteur c'est faire main-basse sur une liberté fondamentale en permettant un contrôle du contenu.

Par ailleurs, il est évident que de telles mesures seront aussi inefficaces que coûteuses, comme l'a été cette commission (parmi environ 720 autres de ce type), en rémunérant grassement 38 personnes avec les frais de fonctionnement associés...

Pour clore le sujet, Julien Dourgnon de l'UFC "Que Choisir" propose une alternative
aux politiques. En l'occurence, il s'agirait d'une license mensuelle payée par les particuliers déclarant télécharger régulièrement des oeuvres à usage privé... :
http://www.quechoisir.org "Communique du 07/12/2005 - Diffusion des oeuvres culturelles sur internet"

Une illustration cuisante de l'opposition état-société civile: l'un est cassant en prétendant raisonner pour le bien économique, l'autre est adaptatif et canalise les attentes respectives. Tout un enseignement !